Oeil de lynx & tete de bois

“Occidental temporary” est une contraction entre l’hôtel Occidental, décor d’un film de Neil Beloufa, et l’espace d’exposition temporaire qui lui a été adjoint. Comme son nom, cet espace imbrique deux décors, celui d’un hôtel et celui d’un cube blanc. Ces deux parties, de surfaces équivalentes mais que tout oppose, sont chacune à leur manière les réceptacles de constructions dramaturgiques et porteuses de pouvoirs évocateurs forts.
La fonction initiale du décor de l’hôtel est d’être un trompe-l’œil pour un tournage, un second plan en façade pour une image. Une fois séparé de la fiction pour laquelle il a été conçu, il en devient son archive partielle, le
témoin matériel d’un usage passé. En devenant un espace d’exposition, il montre son envers ainsi que sa possible transition vers d’autres fonctions et vers d’autres fictions. D’autre part, les cimaises blanches déterminent un
espace spécifique de perception, lui aussi chargé d’histoire et de mythes – la transparence, la neutralité du blanc, la luminosité forte, la volonté de tout montrer, de tout voir, de tout maîtriser, l’œuvre isolée, figée et dissociée de son contexte de production.
Or ici le cube blanc, par son caractère transitoire au sein de l’atelier devient vraiment un décor, comme le reflet déformé des cimaises de l’hôtel.
À partir de ces deux espaces où le lieu concret de la fiction reste trouble, nous avons invité les artistes à travailler autour du double. Le film de Jacques Rivette «Céline et Julie vont en bateau» (1974) est très vite devenu une sour
ce d’inspiration pour relire cet espace double à l’image de notre relation de travail à deux têtes. Illustrant le principe de duplicité cher à Rivette, deux espaces cohabitent dans ce film : celui d’un réel identifié et joyeux où Céline et Julie se rencontrent, et son alternative à l’image, celui d’une maison fermée, scène d’une pièce de théâtre prise dans une boucle perpétuelle et morbide dans laquelle les deux femmes ont un rôle à jouer. Le double n’apparaît pas seulement comme motif de l’illusion mais aussi comme stratégie d’émancipation et de critique envers les conventions du théâtre que Rivette place dans un temps reculé, en décalage par rapport au temps sur lequel le cinéma a prise, plus proche grâce à l’improvisation et au montage de ce qui pourrait être le présent. Ce film nous inspire aussi dans sa construction car Jacques Rivette l’a co-écrit au jour le jour avec ses interprètes (Juliet Berto,
Dominique Labourier, Bulle Ogier, Marie-France Pisier), laissant une large part à l’improvisation. Nous souhaitons travailler dans cet esprit de complicité, d’inventivité joyeuse et d’improvisation, entre nous deux et avec les artistes, en offrant un terrain de jeu commun le temps du montage où tous les paramètres visibles de l’exposition sont ajustables. Nous avons donc fait nôtre cette devise un peu désuète “Oeil de lynx et tête de bois”, comme une formule magique qui nous protège des espaces fermés et des gestes répétitifs.
Date 11.09 - 30.10.2016
Curator Barbara Syrieix & Émilie Renard

ARTISTS

MARTINE ABALLÉA
BABY DOC
JULIE BÉNA
NINA CHILDRESS
JAGNA CIUCHTA
MARIE-MICHELLE DESCHAMPS
DAVID HORVITZ
JIRÍ KOVANDA
AGNIESZKA POLSKA
JEAN-CHARLES DE QUILLACQ
CÉLINE VACHÉ-OLIVIERI
BENJAMIN SWAIM
JO-EY TANG
FRANCE VALLICCIONI